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L'opinion de Stuffou : Un film pour adultes
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Gilles
Paquet-Brenner, réalisateur des JOLIES CHOSES (14/11/2001)
LES JOLIES CHOSES à Deauville ! Et une belle surprise pour son réalisateur, Gilles Paquet-Brenner, qui s’y est vu attribuer le prix Michel d’Ornano (meilleur traitement de scénario d’un jeune scénariste français) dans le cadre du festival du cinéma américain. Pour son premier long métrage adapté du roman de Virginie Despentes, Gilles Paquet-Brenner s’est entouré de Marion Cotillard dans le double rôle de Lucie / Marie mais aussi de Stomy Bugsy, Titoff, Ophélie Winter et Patrick Bruel. Un casting très « show bizz » sur le papier, un pari audacieux dont le jeune réalisateur se sort haut la main.
Comment ressentez-vous le fait de recevoir un prix à Deauville et d’être le seul film français récompensé dans un festival consacré au cinéma américain ?
C’est très plaisant. C’est la première fois que je reçois un prix donc c’est très agréable de me rendre dans un grand festival comme celui-ci. Après, le fait que l’on soit au milieu du cinéma américain, je trouve ça très bien et puis c’est aussi une manière de retrouver toute l’équipe, de faire la fête tous ensemble, c’est très sympa. Sinon je suis très fier évidemment ! Obtenir un prix artistique est un bon moyen de lancer la crédibilité du film.
Pour un premier film, vous n’avez pas choisi la facilité en adaptant Virginie Despentes mais surtout en choisissant un casting très « show bizz » qui aurait pu prêter à la raillerie...
Bien sûr, on s’est beaucoup posé la question au moment du casting, mais le fait qu’autant de chanteurs soient arrivés dans la distribution est quand même une succession de hasards. Après c’était les gens idéaux pour les rôles, j’ai donc choisi d’être sincère et de me dire « Voilà, je veux telle personne pour tel rôle, j’espère que le public me donnera raison ». Au final, je crois que ça ne dérange pas du tout, bien au contraire, vu que la seule qui chante dans le film n’est pas chanteuse. Ça donne une certaine crédibilité au milieu du disque, on y croit plus. Sinon, je dirais que ce sont de bons comédiens, ils ont un charisme et la gueule de l’emploi, il ne faut
pas toujours avoir peur de ce que le public va penser. Il faut se poser la question pour ne pas faire n’importe quoi mais surtout, il faut prendre les gens que l’on a envie d’avoir s’ils acceptent.
Vous jouez totalement dans le film sur le décalage par rapport à leur image. C’était un choix dés le départ ?
En fait le casting de base, c’est Marion Cotillard et Stomy Bugsy. Patrick Bruel, lui, avait vu mon court métrage et joué dans mon moyen métrage, avec Stomy, LES MARQUIS. C’est lui qui est venu vers moi et on s’est très bien entendu, donc je lui ai proposé ce rôle-là que j’ai totalement réécrit pour lui. Je savais qu’il pouvait jouer dans ce registre-là et je trouvais ça plus intéressant, j’aime bien jouer avec l’image des comédiens. Quant à Ophélie, c’est autre chose. J’avais envie d’un personnage qui sorte un peu du commun, qui ait comme ça une présence un peu étrange, et c’est vrai que c’était idéal. Pour elle, c’est pareil, je l’ai rencontrée par hasard, grâce à
un ami. J’étais à une semaine du tournage et j’étais en panique. Elle a été super emballée par le projet et elle a voulu y aller. C’est vraiment une suite de hasards, ce n’est pas un truc super prémédité. Certes, c’était casse-gueule, mais je pense que les gens comprendront quand ils verront le film.
Quel souvenir gardez-vous du tournage de la scène finale du concert ?
C’est surtout beaucoup de stress car on a tourné pendant un concert de Patrick Bruel. En fait, on a même tourné sur deux jours : le soir du concert avec six caméras et le public dans le champ puis, le lendemain, dans une salle vide pour mieux construire la mise en scène. Il y a des gens qui ont du mal à tourner ce genre de scène, moi ça ne m’a pas posé spécialement de problèmes. C’est marrant à faire parce que ça bouge quand même pas mal et que je n’avais pas envie de faire un truc qui ressemble aux concerts qu’on voit à la télé. J’avais envie de quelque chose avec beaucoup plus d’énergie, qui corresponde à celle que ressent le personnage à ce moment-là de l’histoire.
Pouvez-vous nous parler de votre travail sur le montage, le son voire l’absence de son...
Oui, par moments il n’y a rien du tout ! En fait, j’ai des collaborateurs avec lesquels je travaille depuis un certain moment et c’est quelque chose qu’on a construit au fil du temps. Pour le montage, on aime beaucoup la déconstruction narrative, monter des scènes en parallèle, et il y avait des moments qui s’y prêtaient dont on en a profité. Au niveau du son, j’aime quand il y a beaucoup de dynamique, c’est-à-dire que tout le son du film est assez confortable au niveau des dialogues et de temps en temps on est très, très forts sur la musique. Quant à l’absence de son, ce qu’on a cherché à faire, c’est d’être systématiquement dans le point de vue des personnages. C’est un truc qui me passionne complètement.
Propos recueillis à Deauville par Jean-Luc Brunet.
Ophélie Winter, actrice dans LES JOLIES CHOSES (14/11/2001)
Après des débuts il y a cinq ans aux côtés de Bernard Tapie dans HOMMES, FEMMES, MODE D’EMPLOI de Claude Lelouch, Ophélie Winter n’a jamais vraiment transformé cet essai cinématographique encourageant. Les choses pourraient bien changer ! Ce 14 novembre, elle est à l’affiche de deux premiers films, celui d’Yvan Attal MA FEMME EST UNE ACTRICE pour lequel elle a accepté une participation clin d’œil, et surtout LES JOLIES CHOSES de Gilles Paquet-Brenner. Même si elle n’y fait qu’une courte apparition, Ophélie Winter convainc et prouve que derrière le rôle de potiche bimbo, dans lequel beaucoup se bornent à la cantonner, il y a une belle personnalité et un vrai tempérament...
LES JOLIES CHOSES n’est pas votre première expérience au cinéma mais ce film semble tenir une place particulière...
Ce n’est pas ma première expérience, mais c’est sans doute la meilleure après Lelouch ! Enfin on m’a permis d’avoir un vrai rôle, même s’il faut dire que je me suis un peu incrustée dans le projet. Depuis ce rôle-là, j’ai vraiment envie de faire du cinéma, je sais que je peux faire des choses un peu plus alternatives, un peu plus branchées. J’en avais marre de jouer des petites secrétaires qui couchent avec leur patron, des filles jolies qu’on pose là ! C’est super dur de n’avoir rien à jouer, c’est plus simple quand on est nourri par un vrai personnage. Là, j’ai enfin eu un vrai support, une droguée lesbienne, c’est un vrai caractère !
Mais je ne suis qu’une virgule dans le film, une petite ponctuation qui apparaît de temps en temps. Je ne pense pas que les gens sortent du film en se disant « Tiens, j’ai vu la blondasse dans le film de Gilles ! » (Rires)
Comment vous êtes-vous imposée sur ce projet ?
C’est un ami qui m’a appelée pour me dire qu’il faisait le casting d’un film avec un personnage comme je rêvais d’en faire un depuis toujours. Un vrai rôle, super court, mais qui devait me brancher. Nous nous sommes rencontrés avec Gilles. Je pense qu’il n’était pas super chaud au début parce qu’il y avait déjà beaucoup de gens du show bizz dans le film. Je l’ai revu une deuxième fois puis j’ai vu ses courts métrages et là je l’ai encensé, je lui ai dit que c’était un mec génial ! « C’est simple, je veux faire ce rôle, je ne veux rien, pas d’argent, je me mettrais dans un p’tit coin ». Il m’a dit « Tu n’auras pas de loge, tu seras traitée comme une merde » et je lui ai répondu « ça fait rien, j’veux l’faire, j’irai dormir dans la rue
s’il le faut ». Je l’ai vraiment supplié, du coup ça l’a fait rire ! Après, j’ai rencontré Virginie Despentes à un dîner qui m’a dit « c’est marrant parce qu'au début, cette nouvelle, ce bouquin, je l’avais écrit en pensant à toi » et moi quand je l’ai lu je me suis dit « j’veux l’jouer ! » Un vrai truc de dingue...
Comment avez-vous perçu la manière dont Gilles Paquet-Brenner dépeint l'univers des maisons de disques ?
Gilles a un regard particulier et très juste sur ce métier, et c’est pour ça que j’ai vachement aimé, ce n’est pas trop caricatural. En même temps c’est aussi assez éloigné de l’image que le public peut avoir des maisons de disques avec des stars et des paillettes. Mais c’est vrai que l’aspect show bizz du casting m’a fait peur, je lui ai dit « je comprends, si j’étais metteur en scène, je ne prendrais pas Ophélie Winter avec Patrick Bruel et Stomy Bugsy ! »
On vous a peu vue depuis un an et demi, deux ans. Pour quelles raisons ?
C’était une volonté parce que je suis partie dans une direction qui n’était pas vraiment moi. A un moment, je me suis dit « Ce n’est pas moi, il faut que j’arrête ! je ne peux pas mentir aux gens, je ne suis pas comme ça » donc j’ai préféré tout arrêter et revenir avec de vrais projets, des trucs qui me ressemblent. Là, j’ai envie de défendre ce film alors que je joue dix secondes dedans. Ce sont des projets comme ceux-là dont j’ai envie, des trucs qui me font du bien où je me sente à l’aise. Sinon, il faut que je fasse mon album car je n’ai pas envie de faire flipper ma maison de disques (rires). Je pars également en janvier à Cuba pour le tournage de SHE, un film américain de Timothy Bond, après on verra...
Après l’expérience sur LES JOLIES CHOSES, êtes-vous prête à aller voir d’autres metteurs en scène pour proposer vos services ?
Oui, moi ça me plait mais je ne savais pas qu’on avait le droit de faire ça... Je pensais qu’avec mon image qui n’est vraiment pas underground, j’allais me prendre des portes au nez ! En fait, ça marche quand on est humble et qu’on se met carpette. Je veux pouvoir parler avec des gens normalement ! Et maintenant je sais que quand je vais entendre parler d’un projet qui me plait, je vais prendre mon téléphone « Allo ! Est-ce que je peux tourner dans votre film, s’il vous plait ? » (rires)
La première fois que j’ai vu Gilles, il a dû se dire que je lui léchais les bottes pour faire son film mais je pense vraiment qu’il a un putain de style, il n’est pas loin de gens comme Kassovitz ou Jan Kounen qui sont mes numéros un. C’est ce genre de truc un peu branché, cradingue, trash auquel j’ai envie de participer, sinon ça ne sert à rien de faire du cinéma.
Propos recueillis à Deauville par Jean-Luc Brunet
Les sources de Travail Allociné ; TF1 ; Canal + ; MonsieurCinéma.com |
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